Filmer la ville

13/01/2026 Editos

Filmer la ville

Chez Tënk, nous aimons prendre le temps de regarder une œuvre se déployer, film après film, comme un dialogue continu avec le monde. Cette semaine, nous mettons en lumière le travail de Nadine Gomez, cinéaste montréalaise dont le regard attentif explore depuis plus de quinze ans les territoires urbains, leurs marges et les voix qui les habitent. À l'occasion de la sortie prochaine de son tout nouveau documentaire Chronique d'une ville — qui explore la relation unique, intime et mystérieuse que nous entretenons avec notre monde urbain —, nous vous proposons un petit pas de recul pour apprécier en trois temps l'oeuvre unique de cette cinéaste d'ici!

Nadine Gomez s’est imposée dans le paysage documentaire québécois par une pratique profondément ancrée dans l’observation, l’écoute et la durée. Ses films prennent souvent naissance dans des lieux en transformation — parfois menacés, parfois invisibles — qu’elle aborde non comme de simples décors, mais comme des organismes vivants, chargés de mémoire et de tensions sociales. Qu’elle filme Montréal ou Athènes, elle s’intéresse à ce que les espaces disent de celles et ceux qui les traversent, les occupent ou les défendent.

 



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Le Horse Palace, premier long métrage de Nadine Gomez, nous plonge dans une enclave improbable de Griffintown : une écurie urbaine bicentenaire, coincée entre les chantiers et les immeubles de verre. À travers la figure de son propriétaire, la cinéaste capte l’effritement silencieux d’un monde ouvrier et d’une relation au travail que la ville contemporaine semble vouloir effacer. Le film agit comme un geste de sauvegarde, une tentative de retenir ce qui disparaît sous la pression du développement et de la rentabilité.

Avec son court métrage Métro, la réalisatrice déplace son attention vers un autre cœur battant de la ville. Ici, ce sont les flux, les architectures et les mécaniques du réseau souterrain montréalais qui occupent le premier plan. Filmé en noir et blanc, le métro devient un espace presque abstrait, sculpté par les formes, les sons et les mouvements. Les corps humains y apparaissent comme des présences fugaces, rappelant la nature transitoire de nos passages et la poésie discrète des gestes quotidiens.

Dans Exarcheia, le chant des oiseaux, tourné à Athènes, la cinéaste élargit encore son champ d’exploration. Le temps d’une nuit, elle recueille les paroles d’habitant·e·s d’un quartier emblématique de la résistance politique et de la solidarité envers les personnes migrantes. Les voix se succèdent, entre espoir et désillusion, dessinant le portrait sensible d’une société traversée par la crise, la lutte et le désir de vivre ensemble.

 


 

Film clé et inspiration fondamentale dans le parcours de Nadine Gomez, Megacities de Michael Glawogger agit comme une matrice souterraine de sa démarche. En dressant, dans les années 1990, le portrait d'une constellation de vies précaires à Mumbai, Moscou, Mexico et New York, le cinéaste y révèle la violence structurelle des grandes métropoles, mais aussi la dignité et l’imaginaire de celles et ceux qui tentent d’y survivre. En programmant ce film sur Tënk, Nadine Gomez souligne une filiation assumée : un cinéma urbain qui refuse de détourner le regard, faisant du documentaire un espace de rencontres.

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