Parlons démocratie

02/10/2026 Editos

Ce lundi se tenait la 44e élection générale de l’histoire du Québec. Le rituel qui entoure le processus électoral – campagne, sondages, débats des chef·fe·s – a beau être fréquent puisqu’il se rejoue minimalement aux quatre ans pour chaque niveau (municipal, provincial, fédéral), n’empêche que la fébrilité est palpable la semaine précédant le vote. Le débat social est entièrement mobilisé vers les « principaux » partis, et la joute médiatique qui diffuse la course électorale – tout en la constituant – prend des proportions insoupçonnées. Tout élément, scandale ou détail peut faire dérailler une campagne, signer l’arrêt de mort d’un parti, déjouer les scénarios. Mais qu’est-ce qui se joue réellement dans une élection? Le nez rivé dans les chiffres, colonnes, pronostics, tendances, quel horizon perdons-nous complètement de vue? Les campagnes électorales prennent des allures de paris sportifs, et c’est la crédibilité même de la démocratie qui en est affectée. Car – faut-il le rappeler – il ne s’agit pas de victoire et de défaite. Il s’agit de représentation de la volonté populaire.

« Dêmos kratos » – le pouvoir au peuple.

Pouvons-nous prétendre vivre en démocratie? Tënk propose quatre films pour approfondir cette épineuse question. Vous verrez que rien n’est simple dans la lorgnette du cinéma documentaire, n’en déplaise aux vendeurs de raccourcis. 
 



Jenny Cartwright, cinéaste, artiste audio, programmatrice chez Tënk et codirigeante du parti NUL, signe avec Les perdants une démonstration rigoureuse et implacable des nombreux dysfonctionnements du système électoral qui, non seulement favorise la reproduction des rapports de pouvoir existants, mais crée également de nombreuses distorsions dans les voix représentées à l’Assemblée nationale. À travers un travail de recherche colossal qui permet de prendre la pleine mesure des biais de représentation – avantages médiatiques, reproduction des élites, encouragement de la création d’une classe gouvernante déconnectée, manque de diversité –, le film de Cartwright lance un cri d’alerte : de quelle démocratie nous enorgueillissons-nous? En suivant la campagne électorale (ou les tentatives de!) de trois candidat·e·s assuré·e·s de perdre leurs élections, le film prouve par l’exemple ce qu’il tente de démontrer par le biais de discours de chercheur·euse·s, penseur·euse·s et activistes. On en ressort avec une pensée obsessive : comment réinvestir les processus électoraux pour réinventer nos démocraties? Tirage au sort, démocratie directe, assemblées constituantes, modification du système de financement des partis et du mode de scrutin… Par où on commence?!

À travers une perspective complètement autre, À hauteur d’homme suit les dernières semaines du gouvernement de Bernard Landry lors de sa campagne électorale de 2003. À la manière du mythique Primary de Robert Drew qui suivait les primaires du Parti démocrate américain en 1960, notre mythique Jean-Claude Labrecque s’est approché au plus près des coulisses du pouvoir. Plus de 20 ans plus tard, on ne peut que prendre la pleine mesure des transformations drastiques subies par la société. Si le film dresse un portrait peu flatteur des journalistes et du regard médiatique avide de cadrer la prochaine peau de banane, on ne peut que frissonner en pensant aux nouvelles stratégies déployées à l’ère de la post-vérité et des réseaux sociaux. Le langage, la gestuelle, le rythme. Tout a été simplifié, spectacularisé, popularisé, et on se demande bien les impacts durables que ça aura sur la santé démocratique. Cette humanisation et personnalisation de l’exercice du pouvoir visible dans À hauteur d’homme semble presque être le testament du monde d’avant, et l’arrivée au pouvoir de Charest semble sceller le début d’un cynisme qui n’aura pas été interrompu depuis.

Le 11 septembre 1973 à Santiago, le président du Chili Salvador Allende meurt dans le palais de La Moneda bombardé par les Forces armées. Ce coup d’État militaire met fin dans le sang à la première expérience socialiste au monde issue du suffrage universel. Le documentaire de Patricio Henríquez, 11 septembre 1973 - Le dernier combat de Salvador Allende, reconstitue l’histoire de cette journée. La dictature militaire qui s’ensuivit mit une chape de plomb sur la possibilité de voir survivre un régime socialiste démocratique, révélant au grand jour les intérêts du grand capital et les formes tolérées de  la « démocratie ». Mais s’il faut absolument critiquer nos régimes pseudo-démocratiques, ce film nous rappelle à quel point des concepts comme l’État de droit, la liberté d'association, la liberté d'expression et la liberté de presse ne sont pas des données immuables et qu’il faut les défendre, les protéger et les réinventer constamment. 

On termine cette semaine bien chargée politiquement par une œuvre pour nous rappeler que, peu importe la gravité de la situation, il nous reste toujours un rempart : l’action! Ada Colau est une militante sociale et femme politique espagnole des plus inspirantes. Engagée dans la lutte pour le droit au logement alors que l’Espagne traversait une crise immobilière sans précédent, elle décide de se présenter à la course pour la mairie de Barcelone. Ada for Mayor est la chronique d’une lutte exaltante qui mène à la création d’une plateforme citoyenne, Barcelone en commun, qui propose un changement profond dans l’exercice de la démocratie, via une réappropriation des institutions pour les mettre au service des personnes et du bien commun. Prenez des notes!!!

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