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Printemps, douceur, et autres banalités du bien

23/02/2026 Editos

Printemps, douceur, et autres banalités du bien

Chaque semaine, il me faut mettre beaucoup d’énergie pour résister à l’envie un peu lassante de parler de la température. Mais voilà, le passage du Nouvel An lunaire qui nous entraîne vers de folles chevauchées, le chant des oiseaux qui traverse même les fenêtres embuées de la maison, les rayons entêtés du soleil qui transforment les matins de semaine en de merveilleuses promesses d’avenir verdoyant, cette transformation énergétique ne saurait être passée sous silence. Et pour cause; nous avons un besoin forcené de douceur pour contrebalancer la dernière année. Comptez bien sur nous pour y remédier cette semaine avec cette proposition toute brodée de lumière.

 


 

Il existe un lieu où les jours ressemblent à des rêves. On y croise des poètes, des musicien·ne·s, des artistes peintres, des acteur·trice·s qui déclament de délectables et excentriques tirades. Ce sont les fragiles; on peut même les reconnaître dans le métro ou dans la rue à leur tête un peu cassée et leurs regards sans protection. Ces êtres sans bouclier, qui ont quelques ennuis avec la conversation, peuvent se délier à leur aise dans ce lieu. L’espace est à leur image; un bâtiment flottant, à la lisière de la ville, circulaire, sans cloison, reflétant la lumière. Il s’agit de L’Adamant, un hôpital de jour lié à un secteur de psychiatrie de l’hôpital Esquirol, à Paris. Après l’inoubliable La moindre des choses, Nicolas Philibert poursuit son engagement envers la psychothérapie institutionnelle et ses tentatives de repenser le soin pour les patient·e·s à travers la transversalité, l’implication et la participation active dans les lieux cliniques. Ouvert depuis 2010, L’Adamant est un lieu de résistance qui nous renseigne sur la qualité possible du lien, de l’écoute, de la vie lorsqu’on ne cède pas aux pressions normatives et productivistes. Un lieu « qui ne cède pas, qui tente de maintenir vivante la fonction poétique de l’homme et du langage. »

Dans un café situé en plein cœur de Parc-Extension, une dame est assise et écoute patiemment. Elle prend des notes. Devant elle, une myriade d’individus aux accents divers se succèdent, exprimant doléances, demandes, plaintes ou déclarations d’amour. La dame? Marie-Célie Agnant. Profession? Écrivaine. Que fait-elle là? Elle écoute ses voisin·e·s de Parc-Extension afin d’écrire une lettre collective au nouveau député du quartier, et accessoirement Premier Ministre, Justin Trudeau. Film tout simple, magnifiquement tourné, magnifiquement monté, avec cette attention aux détails, ce souci de l’écoute, cette ouverture à la beauté de la collectivité auxquels nous a habitué·e·s le cinéaste Andrés Livov dans sa filmographie. C’est à l’occasion de la sortie de son plus récent film, une symphonie collective campée au Saguenay, Les blues du bleuet, que nous ressortons ce petit bijou de 2016. Lettres au Premier Ministre est un court métrage comme un baume de beauté et de sensibilité qui nous fait retomber en amour avec la ville, ses trajectoires croisées, sa foule bigarrée et ses milliers de récits de vie qui se côtoient et se devinent, au détour du café. Et par ce détour, nous lui souhaitons que toute la lumière qu’il a recueillie dans ses films lui revienne au centuple dans les prochains mois.

En 1974, l’ONF, en collaboration avec le (feu) ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, a mis sur pied un atelier de réalisation de films en Super 8 à Frobisher Bay, dans les Territoires du Nord-Ouest. L’atelier était ouvert à tous·tes et se tenait dans un bâtiment appartenant à la communauté. Mosha Michael, un jeune Inuk alors âgé de 25 ans, a réalisé son premier film –devenant par le fait même le premier cinéaste inuk! Natsik Hunting rend compte d'une journée de chasse au phoque. Il a tourné et monté le film ainsi que sa bande sonore, composée de son interprétation d’une chanson à la guitare. Formidable témoignage d’une époque révolue, le film rend compte du savoir-faire lié à la chasse, de l’esprit de communauté, de la beauté bouleversante des lieux et de la préciosité des récits subjectifs pour les communautés sous-représentées. Film plein de vigueur et de soleil, il est difficile de croire que 50 ans nous séparent de cette journée!

Tout passe, les saisons se succèdent et même les histoires heureuses se terminent. Heureusement qu’il y a les souvenirs, et toutes les traces sur lesquels ils se déclinent! En revisitant ses archives familiales, l’artiste Nora Rosenthal questionne l’éventuelle disparition de ses parents tout en tentant de préserver leur mémoire… à travers un film dansé (!) : Nine Easy Dances. Improbable et exquise proposition pleine d’humour et témoignage d’amour à la famille et aux souvenirs que l’on chérit, l'oeuvre met également en évidence la latitude et le ludique avec lesquels on peut interpréter son histoire pour lui insuffler son souffle et sa légèreté!

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