32 petits jours que l’année 2026 est commencée et à part les rayons du soleil qui m’éclairent enfin pendant que je rédige cette missive hebdomadaire, rien ne semble aller en s’améliorant.
Ce qui se passe aux États-Unis est absolument effarant. Les frontières de l’inadmissible reculent à chaque jour, en même temps que le visage du fascisme se révèle, avec sa violence impunie, sa haine ravageuse et son amour d’un pouvoir aussi inhumain que destructeur.
Si les atrocités doivent être partagées et rendues visibles – ce que s’exhorte notamment à faire la population de Minneapolis, avec un courage qui ravive l’humanisme et embrase les cendres chaudes de nos indignations partagées –nous avons décidé à Tënk de nous plonger dans l’action. L'action galvanisante et contagieuse des luttes féministes.
Sœurs de lutte, rappelons-nous que cette Terre nous appartient. Les banquiers ont beau tenter de se la partager à Davos, les psychopathes peuvent bien lâcher leurs chiens-robots sur nos enfants, leurs prisons peuvent bien dépasser leurs plus hauts gratte-ciels, ils oublient toujours que nous sommes là, incorruptibles, tenaces, indomptables et enragées. Nous sommes indivisibles. Nos luttes sont enchevêtrées à une multitude d’autres, passées et futures. Et contrairement à eux, nous savons prendre soin de ce que nous recevons en héritage, même de la colère.
Les quatre films de cette semaine vous permettront de nourrir cette saine colère et – espérons-le – vous inspirer pour la transformer en action.
It will not end in a nuclear holocaust. It begins in the celebration of the rites of alchemy. The transformation of shit into gold. The illumination of dark chaotic night into light. This is the time of sweet, sweet change for us all.
Isabel from Phoenix Regazza Radio
Born in Flames. Film jubilatoire. Bréviaire politique pour féministes en temps de backlash. Mélange inclassable d’agit-prop et d’uchronie socialiste, le film nous entraîne dans les rues de New York, dix ans après l’instauration d’un régime socialiste aux États-Unis. Si les promesses égalitaires de la révolution sont toujours défendues par les pouvoirs en place et relayés par les médias dominants (tiens, tiens…), les femmes – et principalement les femmes noires –sentent bien que ce n’est pas ce qu’elles expérimentent. À l’appel de l’Armée des femmes, différents groupes se solidarisent et tentent de s’organiser pour rendre visible les oppressions encore en cours et rallier les sœurs à leur lutte. À quelque trente et quelques années d’intervalle, on a bien besoin de la dose d’énergie brute et d’inventivité politique et formelle que nous assènent Lizzie Borden et son incroyable bande.
Sisters in the Struggle nous offre le même genre de piqûre de rappel, mais cette fois en faisant un pas de côté plus près de chez nous. Alors qu’on se plaît à penser que la question raciale concerne principalement nos voisins du sud, ce documentaire de 1991 nous permet d’accéder à diverses expériences de racisme vécues par une multitude de femmes noires au sein du Canada. Les témoignages sont aussi éclairants que révoltants, et ils viennent complexifier les portraits glorieux et jovialistes dépeints par nos dirigeants (ou apprentis) récemment pour penser la situation du Canada et du Québec à l’égard de sa propre violence passée et présente. Outre les situations dénoncées et le racisme systémique dévoilé à travers la mise en commun de ces expériences individuelles, c’est surtout l’intelligence, la vivacité et la clairvoyance politique de ces femmes qui frappent au visionnement. Que j’aimerais voir à quoi ressembleraient le tissu social, le travail, les liens familiaux et amicaux, l’économie, la vie !, si c’était ces femmes qui gouvernaient !
Dans cette même veine archivistique visant à complexifier nos images mentales et nos lectures de l’histoire globale, notre programmateur Badewa Ajibade nous propose record found here, court film de 19 minutes qui dévoile un aspect méconnu de la lutte contre le colonialisme dans les années 40 au Nigeria. Réalisé par une artiste et chercheuse vivant en Grande-Bretagne, linaire aderemi, il met en lumière la révolte des femmes d’Egba, un mouvement de résistance féminine contre une taxation coloniale les ciblant, auquel avait participé sa propre grand-mère. En tentant de préserver l’héritage de cette révolte à travers ce film documentaire, linaire aderemi se questionne sur les processus de production du savoir et de constitution des archives. Elle rappelle par le fait même la pertinence du médium documentaire dans la préservation des mémoires révolutionnaires, notamment via l’histoire orale, et la nécessité de démener autant pour les luttes elles-mêmes, que pour leur mémoire et leur transmission.
S’il est des motifs de lutte plus évidents que d’autres, la corde à linge ne semble pas, à priori, un haut lieu de l’indignation politique. Reparlons-en après un visionnement de l’extraordinaire Clotheslines. 32 minutes bien tassées de réflexions truculentes sur la domesticité, l’aliénation, le patriarcat, l’ennui, l’art et les conventions sociales à travers une exploration visuelle et discursive de la corde à linge. Il y a tellement à dire, tellement à déplier dans ce geste aussi immémorial que récurrent. Il y a encore tant de ces motifs inexplorés, gardés muets parce que non jugés dignes d’intérêt. Chloteslines est une méditation féministe pleine d’humour, de tendresse et d’esprit qui s’écoute avec la joie si précieuse que nous procurent les œuvres d’art qui savent rallier discours et forme, privé et politique, intime et universel. Vous ne verrez assurément plus votre lessive du même œil blasé !