_No God No Father_ is a documentary/fiction that explores the intimate relationship a young man has with the Internet. In the absence of a father figure, he turns to Google as an unexpected mentor. From learning everyday tasks like shaving, to discovering deeper knowledge, the algorithm becomes much more than a simple search engine, blurring the boundaries between real and virtual.
| Director | Paul Kermarec |
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Le film s’ouvre sur un document Word vierge et la confession d’un zoomer. Le cinéaste, comme moi, appartient à cette génération liminale, témoin de la démocratisation des ordinateurs, d’Internet et, plus récemment, des intelligences artificielles. J’ai moi aussi grandi en plein essor de la culture web et des réseaux sociaux, ces espaces virtuels et compensatoires qui émergent au début des années 2000 pour s’installer durablement dans nos vies.
Dans ce huis clos numérique, Paul Kermarec, réalisateur du film, fait défiler les applications web, passant de recherches Google à une conversation intime avec ChatGPT. Le protagoniste découvre ce monde virtuel alors qu’il n’est encore qu’un enfant, au moment de la disparition de son père. À travers ses recherches internet, il veut transcender virtuellement son vécu et reconstruire une figure paternelle : un mentor, un modèle de virilité capable de combler le manque laissé par sa propre histoire. Son film interroge alors ce que signifie « faire un homme » : apprendre à se raser, à se battre, à mettre un condom. Autant d’idées préconçues qui révèlent les biais genrés inscrits dans nos algorithmes de recherche. Les intelligences artificielles se créent et se recréent à partir de réplicats de réplicats ce qui en fait une intelligence finalement bien peu artificielle, révélant moins une autonomie véritable qu’un miroir troublant de nos manques et de nos héritages. D’un autre côté, forums, cultures web et mouvements sociaux sur le web fondent de nouvelles bases de savoir et de culture, où les histoires individuelles se fondent peu à peu en une mémoire collective : celle des enfants d’Internet, à laquelle le réalisateur fait explicitement référence. Parallèlement à l’essor de cette vie numérique, devenue essentielle à la reconnaissance sociale, ChatGPT permet d’entretenir des relations toujours plus intimes dans le virtuel. L’intelligence artificielle se fait confidente ou psychologue bon marché; sous une apparente discrétion, elle accueille les questions intimes, parfois honteuses, à l’abri du regard des autres et de l’historique de navigation. Le film questionne directement cette anthropomorphisation de l’IA qui simule le langage humain afin de reproduire une normalité façonnée par les textes du web.
Pour moi, ce film témoigne merveilleusement bien de la complexité des rapports que nous pouvons entretenir avec l’évolution des innovations en intelligence artificielle.
Morgane Ferrero
Programmer of REGARD

Le film s’ouvre sur un document Word vierge et la confession d’un zoomer. Le cinéaste, comme moi, appartient à cette génération liminale, témoin de la démocratisation des ordinateurs, d’Internet et, plus récemment, des intelligences artificielles. J’ai moi aussi grandi en plein essor de la culture web et des réseaux sociaux, ces espaces virtuels et compensatoires qui émergent au début des années 2000 pour s’installer durablement dans nos vies.
Dans ce huis clos numérique, Paul Kermarec, réalisateur du film, fait défiler les applications web, passant de recherches Google à une conversation intime avec ChatGPT. Le protagoniste découvre ce monde virtuel alors qu’il n’est encore qu’un enfant, au moment de la disparition de son père. À travers ses recherches internet, il veut transcender virtuellement son vécu et reconstruire une figure paternelle : un mentor, un modèle de virilité capable de combler le manque laissé par sa propre histoire. Son film interroge alors ce que signifie « faire un homme » : apprendre à se raser, à se battre, à mettre un condom. Autant d’idées préconçues qui révèlent les biais genrés inscrits dans nos algorithmes de recherche. Les intelligences artificielles se créent et se recréent à partir de réplicats de réplicats ce qui en fait une intelligence finalement bien peu artificielle, révélant moins une autonomie véritable qu’un miroir troublant de nos manques et de nos héritages. D’un autre côté, forums, cultures web et mouvements sociaux sur le web fondent de nouvelles bases de savoir et de culture, où les histoires individuelles se fondent peu à peu en une mémoire collective : celle des enfants d’Internet, à laquelle le réalisateur fait explicitement référence. Parallèlement à l’essor de cette vie numérique, devenue essentielle à la reconnaissance sociale, ChatGPT permet d’entretenir des relations toujours plus intimes dans le virtuel. L’intelligence artificielle se fait confidente ou psychologue bon marché; sous une apparente discrétion, elle accueille les questions intimes, parfois honteuses, à l’abri du regard des autres et de l’historique de navigation. Le film questionne directement cette anthropomorphisation de l’IA qui simule le langage humain afin de reproduire une normalité façonnée par les textes du web.
Pour moi, ce film témoigne merveilleusement bien de la complexité des rapports que nous pouvons entretenir avec l’évolution des innovations en intelligence artificielle.
Morgane Ferrero
Programmer of REGARD
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