À la façon des koans issus du bouddhisme zen, Sylvie Laliberté pratique l’art de l’aphorisme. En phrases profondes énoncées candidement, elle découpe le monde pour voir de quels éclats de lumière et de douleur il est fait. Cherche-t-elle le satori, l’éveil bouddhiste, ou simplement à se rapprocher d’une forme de lucidité momentanée? Elle nomme et nomme, joue et rejoue, à travers son art vidéo d’une franchise étincelante. On vous présente cette semaine quatre vidéos de la bien-nommée Laliberté, en espérant qu'elles sauront toucher à la part la plus sensible et douce de votre présence au monde.
Sylvie Laliberté vient de partout à la fois. Issue du théâtre et de la performance, elle débute sa pratique vidéo en 1996 avec Bonbons bijoux, prolongement tout indiqué pour capter sa posture corporelle et langagière si particulière. Œuvre héritière de l’art féministe, à l’ère des « post », Laliberté s’y filme en gros plan, interrogeant les modes de représentation via l’autoreprésentation, se jouant des codes de la féminité, de la séduction et de l’ingénuité à travers un personnage protéiforme et désopilant. Discours hachuré, aux allures quasi erratiques, dans lequel se glissent des assertions lourdes d’une lucidité douloureuse. Artiste totale qui ne ressemble à rien ni personne, Sylvie Laliberté s’est approprié le médium vidéo avec la même liberté qu’elle s’est approprié la chanson et la littérature. Elle flâne et rigole, joue et déjoue, et partout où elle passe se glisse une recherche sur la forme; comment formuler les sentiments qui nous empoignent, comment préciser ce qui se trame, trouver les mots, les gestes, la voix, l’inflexion pour nommer ce qui existe? Entre glissements de sens, jeux de langue, clins d'œil et autres désinvoltures.
« De la vidéo povera, fabriquée à la main, qui nous guide sans qu’on s’en rende compte vers l’étoile encore pure qui nous habite. » Ainsi parle la cinéaste Jennifer Alleyn de L'outil n'est pas toujours un marteau, vidéo réalisée en 1999. La fée espiègle nous y partage l’instrument de son bonheur avec humour et générosité. Parce que le bonheur, Laliberté y tient. Elle aurait bien aimé que la vie soit différente, remplie de museaux chauds de chiots et de balades sans égarement ni presse. Voilà, c’en est autrement, alors la bonne étoile doit être apprivoisée, malgré les arêtes et les insatisfait·e·s chroniques qui mènent le monde. La recherche du bonheur est également le moteur cahotant d’Il n’est pas innocent que le bonheur soit heureux. Le synopsis de la vidéo réalisée en 2003? « Le bonheur est un état tautologique. Pourquoi est-on heureux? Parce qu’on est heureux. C’est très simple. Et ça sent bon. Encore heureux que l’on puisse être heureux. » Que voulez-vous ajouter? Pour tout le reste, il faut visionner les 13 minutes.
Si vous êtes perdu·e·s dans ce langage trop libre pour vous, raccrochez-vous au récit grâce à cette bande encore une fois bien-nommée (Sylvie Laliberté est sans conteste la reine des titres) : Oh la la du narratif. Laliberté se voit contrainte à la narrativité pour raconter une histoire d’amour elle-même contrainte; captive de sa forme et de son récit de captivité. Son amoureux est en prison. Pleine de cette histoire, elle cherche dans les mots, les images et les gestes comment raconter cette histoire de bandit, d’artiste, d’intérieur et d’extérieur, d’amour médié par le téléphone et le papier. Ce détour vers le narratif dévoile l’immense talent de conteuse de l’artiste, même si elle s’en méfie : « Il y a tellement de gens férus et de philosophes qui ont dit de grandes choses qu’il ne nous reste que les petites choses. C’est très bien. Tant qu’il nous reste un peu de choses à se dire. Mais pour contrer l’épreuve, il me demande des histoires. Et c’est tellement à ça que ça sert des histoires que je lui en raconte tout plein. Toutes les journées, je fais très attention à la moindre petite histoire qui m’arrive. Avant, je ne savais pas qu’il y avait autant d’histoires. Je détestais les histoires. Maintenant, je n’y peux rien. Il y a histoires, et surtout celle-là. »
Naomie Décarie-Daigneault
Directrice artistique de Tënk
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Il n’est pas innocent que le bonheur soit heureux
Accès abonnementLe bonheur est un état tautologique. Pourquoi est-on heureux? Parce qu'on est heureux. C'est très simple. Et ça sent bon. Encore heureux que l'on puisse être heureux. Cette bande vidéo a été réalisée dans le cadre de la Manif d'art 2003 à Québec, portant sur le bonheur et les simulacres.
Première réalisation vidéo de Sylvie Laliberté, _Bonbons bijoux_ montre l’artiste se glissant devant la caméra pour y parler de manière anodine, de tout et de rien, avec fantaisie et beaucoup d’esprit. Dans une succession de petits tableaux, un personnage candide, mi-femme mi-enfant, raconte des histoires ou chante avec drôlerie et poésie. Laliberté utilise le caractère privé et intime de la vi...
L'outil n'est pas toujours un marteau
Accès abonnement« Je voulais partager l’instrument de mon bonheur. C’est facile, c’est clair et c’est bien fait. J’espère que vous en profiterez. Et puis, tout le monde a une étoile. » – Sylvie Laliberté
« C'est l'histoire d'une histoire d'amour. Souvent, on croit que les histoires d'amour se vivent en position couchée, très très couchée. Mais non, l'amour se vit debout. Alors, je la raconte les deux pieds dans la neige. Je joue avec et à l'intérieur des limites de l'écran afin de traduire combien l'amour tend vers la liberté. Même lorsqu'il s'agit d'une histoire captive de son histoire et de s...
Il n’est pas innocent que le bonheur soit heureux
Accès abonnementLe bonheur est un état tautologique. Pourquoi est-on heureux? Parce qu'on est heureux. C'est très simple. Et ça sent bon. Encore heureux que l'on puisse être heureux. Cette bande vidéo a été réalisée dans le cadre de la Manif d'art 2003 à Québec, portant sur le bonheur et les simulacres.
Première réalisation vidéo de Sylvie Laliberté, _Bonbons bijoux_ montre l’artiste se glissant devant la caméra pour y parler de manière anodine, de tout et de rien, avec fantaisie et beaucoup d’esprit. Dans une succession de petits tableaux, un personnage candide, mi-femme mi-enfant, raconte des histoires ou chante avec drôlerie et poésie. Laliberté utilise le caractère privé et intime de la vi...
L'outil n'est pas toujours un marteau
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« C'est l'histoire d'une histoire d'amour. Souvent, on croit que les histoires d'amour se vivent en position couchée, très très couchée. Mais non, l'amour se vit debout. Alors, je la raconte les deux pieds dans la neige. Je joue avec et à l'intérieur des limites de l'écran afin de traduire combien l'amour tend vers la liberté. Même lorsqu'il s'agit d'une histoire captive de son histoire et de s...