Mémoires balkanisées

Mémoires balkanisées

 

 

 

Ces films ne traitent pas de la guerre.

Contrairement à une majorité de documents qui ont été créés sur les États des Balkans post-yougoslaves au cours des trente dernières années, mon intention avec cette programmation n’était pas d'aborder ce qui s'est passé dans les années 1990 dans un sens politique ou historique, mais plutôt de partager des histoires qui traitent de la manière dont, dans toute la région ainsi que dans notre vaste diaspora mondiale, nous continuons à vivre ce qui s'est passé encore aujourd'hui. Ces films traitent de l'après-guerre, de comment les fibres de nos vies sont colorées par les violences de la guerre, encore transmises entre les générations. Il n'y a rien de pire dans l'existence de notre espèce et la nature collective de nos expériences, que l’intensité du mal causé par la guerre. Celleux d'entre nous qui ont été touché.e.s de manière indélébile, au cours de nos vies, par l'irruption de la guerre dans nos communautés, savent qu'il ne s'agit pas seulement d'une destruction physique, mais aussi d'une destruction symbolique, psychologique et morale : outre l'effondrement des infrastructures et les graves pertes humaines, nous subissons également la destruction de nos systèmes de valeurs, de notre sentiment identitaire, du langage et de sa signification, de la vérité, de notre confiance en les autres et plus encore : en l'humanité elle-même.

Mon intention était de sélectionner des films dont les réalisateur.trice.s et leurs sujets donnent un exemple de ce à quoi pourrait ressembler un mouvement vers le courage moral, avec la notion souvent obscurcie de la vérité comme une conscience morale qui nous guide dans ce marasme impossible.

 

Ces films ne traitent pas du passé.

Ils traitent l’ombre laissée par le passé sur le présent. Que faire à présent avec tout ce qui était autrefois ? Nos mémoires sont balkanisées. Comment continuer d'avancer vers un futur incertain, situé dans un présent tellement brisé, avec la connaissance profonde d'une telle horreur ? Avec nos blessures si exposées et non guéries, non reconnues et non résolues, non adressées ? Quelles nouvelles significations peuvent naître d'une absurdité telle que la guerre ? Comment pourrions-nous, maintenant, retrouver notre propre conscience morale quand les générations précédentes l'ont laissée filer entre leurs mains ? Comment la déterrer du fond boueux de la rivière pour que nous puissions léguer la possibilité d’un futur différent d’aujourd’hui ? Ces films sont pour ce futur.

 

Ces films ne traitent pas que des Balkans.

Ces histoires sont toutes racinées dans l'endroit particulier du monde que j'appelle mon chez-moi – autrement dit dans le manque de ce chez-moi que mes aîné.e.s et mes ancêtres ont construit en Yougoslavie et qui a déjà cessé d'exister avant que je puisse le connaître de cette manière –, mais leur noyau est universel et n'a rien de géographiquement unique. Vous pourriez transposer ces histoires dans de nombreuses autres aires géographiques – oui, même la vôtre – et les mêmes questions que j'espère poser trouveraient un écho. Si nous n’avons rien appris dans ces deux dernières années, j'espère au moins que nous savons maintenant qu'un préjudice flagrant localisé est un préjudice flagrant généralisé. Et puis, provenant de l’une des perspectives de la diaspora, je constate que nous apportons nos blessures avec nous partout où nous voyageons. Puissions-nous également apporter avec nous un sentiment d'interconnexion avec les histoires et les expériences des autres et ayons le courage, comme ces cinéastes et leurs sujets, de faire face à nos propres questions difficiles dans nos propres lieux, peu importe où nous nous retrouvons. 

 

 

Aurora Prelević
Écrivaine, traductrice, programmatrice, cinéphile

 

 

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