Tout le monde peut-il devenir un personnage de cinéma? Peut-on saisir le monde entier en un seul plan? Depuis son balcon, le réalisateur Paweł Łoziński observe les gens qui défilent : des personnes tristes, songeuses, rivées à leur téléphone, jeunes ou âgées. Des gens du voisinage, en visite ou qui passent, tout simplement. Le cinéaste les interpelle, leur pose des questions et échange avec elles et eux sur leur manière de traverser l’existence. Installé derrière sa caméra pendant plus de deux ans, il crée un espace de dialogue, une sorte de confessionnal laïc où chacun·e peut s’arrêter et raconter son histoire.
| Réalisateur | Paweł Łoziński |
| Acteurs | Emanuel Licha, Emanuel Licha |
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Je suis assis sur mon balcon à Montréal qu’on a déjà surnommée « Balconville ». C’était à une époque où la situation économique interdisait à encore plus de Montréalais·e·s qu’aujourd’hui de partir en vacances. On investissait alors les balcons avant et arrière des « plex », depuis lesquels on échangeait avec les voisin·e·s, favorisant ainsi un sentiment de communauté et de vie de quartier. À défaut de voyager dans le monde, c’est « le monde » qui défilait sous notre balcon.
Depuis le mien, aujourd’hui, je ne vois aucun de mes voisin·e·s habiter le leur. Inspiré par Łoziński, je regarde alors plutôt les passant·e·s vaquer à leurs affaires et je me demande qui sont ces personnes, à quoi pensent-elles, où vont-elles? Comme dans son film, comme à Varsovie, il y a probablement parmi ces passant·e·s un homme endeuillé, une femme qui attend un enfant, un·e ex-détenu·e ou un·e diplomate. Il y a aussi sans doute parmi elleux des nationalistes rêvant d’un Québec plus blanc, à l’instar d’une certaine extrême droite polonaise dont on voit dans le film deux spécimens plutôt pathétiques.
Si on décidait d’arrêter de bouger tout le temps pour observer celleux qui passent en bas de chez nous, c’est ce qu’on verrait : le plus beau et le plus touchant, comme le plus laid et le plus inquiétant.
Emanuel Licha
Cinéaste et enseignant

Je suis assis sur mon balcon à Montréal qu’on a déjà surnommée « Balconville ». C’était à une époque où la situation économique interdisait à encore plus de Montréalais·e·s qu’aujourd’hui de partir en vacances. On investissait alors les balcons avant et arrière des « plex », depuis lesquels on échangeait avec les voisin·e·s, favorisant ainsi un sentiment de communauté et de vie de quartier. À défaut de voyager dans le monde, c’est « le monde » qui défilait sous notre balcon.
Depuis le mien, aujourd’hui, je ne vois aucun de mes voisin·e·s habiter le leur. Inspiré par Łoziński, je regarde alors plutôt les passant·e·s vaquer à leurs affaires et je me demande qui sont ces personnes, à quoi pensent-elles, où vont-elles? Comme dans son film, comme à Varsovie, il y a probablement parmi ces passant·e·s un homme endeuillé, une femme qui attend un enfant, un·e ex-détenu·e ou un·e diplomate. Il y a aussi sans doute parmi elleux des nationalistes rêvant d’un Québec plus blanc, à l’instar d’une certaine extrême droite polonaise dont on voit dans le film deux spécimens plutôt pathétiques.
Si on décidait d’arrêter de bouger tout le temps pour observer celleux qui passent en bas de chez nous, c’est ce qu’on verrait : le plus beau et le plus touchant, comme le plus laid et le plus inquiétant.
Emanuel Licha
Cinéaste et enseignant
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