Premières armes


Image de couverture Premières armes

En formation intensive durant 12 semaines, de jeunes adultes se voient progressivement transformé·e·s en membres des Forces armées canadiennes. Pour ces soldat·e·s en devenir, le groupe est désormais plus important que l’individu et le pays passe avant soi-même. Sans jugement, _Premières armes_ propose une immersion dans le monde singulier des militaires à travers leur formation de base. Passage obligé pour toute carrière dans l’armée, cette étape devient notre porte d’entrée pour explorer de l’intérieur le parcours d’une cohorte disparate se pliant aux exigences de l’apprentissage d’un métier avec un mélange d’appréhension et d’enthousiasme.


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Jean-François Caissy

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Revisiter l’œuvre de Caissy via le prisme de la sociologie des institutions est une entreprise fascinante. Le camp des recrues des Forces armées canadiennes répond en tout point à ce que le sociologue Erving Goffman qualifiait d’institution totale. Une telle institution est close et verticale. Ses résident·e·s ont très peu de contact avec le monde extérieur et subissent une « mortification du soi » : iels sont progressivement appelé·e·s à se départir de leur individualité au profit d’une nouvelle identité, homogène et institutionnelle; celle du soldat.¹

Choix intéressant, donc, que d’utiliser ce cadre où l’individualité est anéantie pour traiter du passage à la vie adulte. À première vue, cette perspective pourrait suggérer une lecture cynique, où devenir adulte coïnciderait avec l’effacement de soi au profit d’un rôle social préétabli; l’Homme qui rentre dans le moule. Mais le travail de Caissy est tout sauf cynique.

Premières armes fait plutôt voir les limites de cette mortification : l’individu résiste, même si c’est souvent à son insu. Le documentaire laisse voir que l’institution elle-même semble en avoir conscience, car c’est dans la tension entre le rôle qu’on leur impose et l’individualité portée en elleux que quelque chose se construit. Dépouillé·e·s de leurs repères et confronté·e·s aux limites de leurs capacités, ces jeunes semblent mûrir à vitesse grand V. Le paradoxe est peut-être là : pour devenir soldats, iels doivent d’abord apprendre à se connaître, au singulier. L’armée, formidable accélérateur d’individuation?


 

Jason Todd
Programmateur et cinéaste

 

¹ Erving Goffman, « The Underlife of a Public Institution », dans Asylums: Essays on the Social Situation of Mental Patients and Other Inmates (Anchor Books, 1961)

 

 


  • Français

    Français


    Langue : Français
  • English

    English


    Langue : English
  • Année 2018
  • Pays Québec
  • Durée 107
  • Producteur ONF / NFB
  • Langue Français
  • Sous-titres Anglais
  • Résumé court Au cours d’une formation intensive de 12 semaines, de jeunes adultes se voient progressivement transformé·e·s en membres des Forces armées canadiennes.
  • Ordre 3
  • TLF_Applismb 1
  • Date édito 2026-08-28

Revisiter l’œuvre de Caissy via le prisme de la sociologie des institutions est une entreprise fascinante. Le camp des recrues des Forces armées canadiennes répond en tout point à ce que le sociologue Erving Goffman qualifiait d’institution totale. Une telle institution est close et verticale. Ses résident·e·s ont très peu de contact avec le monde extérieur et subissent une « mortification du soi » : iels sont progressivement appelé·e·s à se départir de leur individualité au profit d’une nouvelle identité, homogène et institutionnelle; celle du soldat.¹

Choix intéressant, donc, que d’utiliser ce cadre où l’individualité est anéantie pour traiter du passage à la vie adulte. À première vue, cette perspective pourrait suggérer une lecture cynique, où devenir adulte coïnciderait avec l’effacement de soi au profit d’un rôle social préétabli; l’Homme qui rentre dans le moule. Mais le travail de Caissy est tout sauf cynique.

Premières armes fait plutôt voir les limites de cette mortification : l’individu résiste, même si c’est souvent à son insu. Le documentaire laisse voir que l’institution elle-même semble en avoir conscience, car c’est dans la tension entre le rôle qu’on leur impose et l’individualité portée en elleux que quelque chose se construit. Dépouillé·e·s de leurs repères et confronté·e·s aux limites de leurs capacités, ces jeunes semblent mûrir à vitesse grand V. Le paradoxe est peut-être là : pour devenir soldats, iels doivent d’abord apprendre à se connaître, au singulier. L’armée, formidable accélérateur d’individuation?


 

Jason Todd
Programmateur et cinéaste

 

¹ Erving Goffman, « The Underlife of a Public Institution », dans Asylums: Essays on the Social Situation of Mental Patients and Other Inmates (Anchor Books, 1961)

 

 


  • Français

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    Langue : Français
  • English

    English


    Langue : English
  • Année 2018
  • Pays Québec
  • Durée 107
  • Producteur ONF / NFB
  • Langue Français
  • Sous-titres Anglais
  • Résumé court Au cours d’une formation intensive de 12 semaines, de jeunes adultes se voient progressivement transformé·e·s en membres des Forces armées canadiennes.
  • Ordre 3
  • TLF_Applismb 1
  • Date édito 2026-08-28

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