Inspiré d'une histoire vraie et tourné dans une véritable prison, _3000 nuits_ raconte l'histoire d'une enseignante palestinienne nouvellement mariée qui est injustement arrêtée et incarcérée dans une prison israélienne où elle donne naissance à son fils. À travers sa lutte pour élever son enfant derrière les barreaux, le film retrace le parcours d'une jeune mère pleine d'espoir, de résilience et d'une farouche volonté de survivre envers et contre tout.
Il est difficile de regarder 3000 nuits en connaissance de ce qui se passe à Gaza depuis l’automne 2023. Le cessez-le-feu est peut-être entré en vigueur le 19 janvier 2025 (il y a déjà plus d’un an au moment où j’écris ces lignes), mais les histoires terribles continuent pourtant de nous parvenir. Il est difficile de regarder 3000 nuits après avoir vu La voix de Hind Rajab de Kaouther Ben Hania, sorti en 2025, lui aussi inspiré d’un fait réel insoutenable. Il est difficile de regarder 3000 nuits — et tout spécialement ses dernières images, réelles, des camps barbelés de dissident·e·s palestinien·ne·s arrêté·e·s dans les années 1980 — après avoir vu d’autres barbelés indéfendables dans le documentaire Bedrock de Kinga Michalska (2025). Il est difficile de regarder 3000 nuits, point.
La réalisatrice Mai Masri ne ménage pas nos sentiments dans son exploration du sort qui attend la jeune Layal entre les murs de la prison véritable qui sert de décor à 3000 nuits. Et l’on sent clairement l’influence du passé de documentariste de Masri dans cette œuvre impitoyable. Le réalisme des lieux imprègne indéniablement le jeu des actrices jusqu’à l’exacerber — ce béton gris qui s’écaille, ces grilles qui enferment tout, cette brutalité qui imprègne chaque centimètre de cet endroit sinistre et chaque fibre des personnes qui y vivent. La cinéaste ne mise certes pas sur la subtilité, ni chez les prisonnières, ni chez les cerbères qui maintiennent l’ordre à tout prix, ni dans la violence, la cruauté et l’injustice flagrante des situations explorées.
Les confrontations entre Juives et Arabes, les menaces des gardiennes et de la directrice de la prison, l’insistance sur les pieds et les poings menottés de Layal durant son accouchement, le chant des oiseaux et le souffle du vent dans les arbres au-delà des grilles du pénitencier, et tant d’autres choses soulignent à grand trait l’inhumanité dont sont parfois capables les êtres humains. Oui, il est difficile de regarder 3000 nuits. Mais il est nécessaire de le faire. Parce que Mai Masri parsème aussi son film de résilience, d’espoir, de rédemption, de rapprochements, de solidarité. Un jour, peut-être, l'espèce humaine finira enfin par apprendre de ses erreurs.
Claire Valade
Critique et programmatrice

Il est difficile de regarder 3000 nuits en connaissance de ce qui se passe à Gaza depuis l’automne 2023. Le cessez-le-feu est peut-être entré en vigueur le 19 janvier 2025 (il y a déjà plus d’un an au moment où j’écris ces lignes), mais les histoires terribles continuent pourtant de nous parvenir. Il est difficile de regarder 3000 nuits après avoir vu La voix de Hind Rajab de Kaouther Ben Hania, sorti en 2025, lui aussi inspiré d’un fait réel insoutenable. Il est difficile de regarder 3000 nuits — et tout spécialement ses dernières images, réelles, des camps barbelés de dissident·e·s palestinien·ne·s arrêté·e·s dans les années 1980 — après avoir vu d’autres barbelés indéfendables dans le documentaire Bedrock de Kinga Michalska (2025). Il est difficile de regarder 3000 nuits, point.
La réalisatrice Mai Masri ne ménage pas nos sentiments dans son exploration du sort qui attend la jeune Layal entre les murs de la prison véritable qui sert de décor à 3000 nuits. Et l’on sent clairement l’influence du passé de documentariste de Masri dans cette œuvre impitoyable. Le réalisme des lieux imprègne indéniablement le jeu des actrices jusqu’à l’exacerber — ce béton gris qui s’écaille, ces grilles qui enferment tout, cette brutalité qui imprègne chaque centimètre de cet endroit sinistre et chaque fibre des personnes qui y vivent. La cinéaste ne mise certes pas sur la subtilité, ni chez les prisonnières, ni chez les cerbères qui maintiennent l’ordre à tout prix, ni dans la violence, la cruauté et l’injustice flagrante des situations explorées.
Les confrontations entre Juives et Arabes, les menaces des gardiennes et de la directrice de la prison, l’insistance sur les pieds et les poings menottés de Layal durant son accouchement, le chant des oiseaux et le souffle du vent dans les arbres au-delà des grilles du pénitencier, et tant d’autres choses soulignent à grand trait l’inhumanité dont sont parfois capables les êtres humains. Oui, il est difficile de regarder 3000 nuits. Mais il est nécessaire de le faire. Parce que Mai Masri parsème aussi son film de résilience, d’espoir, de rédemption, de rapprochements, de solidarité. Un jour, peut-être, l'espèce humaine finira enfin par apprendre de ses erreurs.
Claire Valade
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