Portrait du grand poète Alfred DesRochers, qui fut aussi journaliste à _La Tribune_ de Sherbrooke et qui a connu son heure de gloire avant la guerre de 1939. Il nous livre ici ses réflexions sur les conditions difficiles de la vie littéraire au Canada français.
| Réalisateur | Claude Fournier |
| Acteur | Jean-Philippe Desrochers |
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Du grand Alfred DesRochers (1901-1978), l’histoire retient surtout le premier vers du poème Liminaire d’À l’ombre de l’Orford : « Je suis un fils déchu de race surhumaine ». Pourtant, selon le poète et dramaturge Michel Garneau, DesRochers « a écrit parmi les plus beaux sonnets du vingtième siècle ¹ ». Après avoir consacré son premier court métrage documentaire au garde-pêche Télesphore Légaré en 1959, Claude Fournier brosse un portrait remarquable du poète et journaliste estrien à l’aube des années 1960, avec l’appui de Michel Brault à la caméra et de Gilles Groulx au montage.
Bien que classique dans sa forme – commentaire objectif d’une voix off neutre qui raconte la vie de DesRochers et récite des extraits de ses poèmes –, le documentaire met habilement en valeur la vivacité de la parole et de l’esprit du poète. Le film prend par ailleurs son souffle grâce aux images de Brault s’attardant à des scènes de rue du quotidien de l’époque, au travail manuel de divers ouvriers et à la réalité de modestes clients qui fréquentent les débits de boisson de la ville. Les visages à la fois durs, fragiles et inquiets de ces hommes, « habillés de vieux/les coudes râpés de tant de tables de taverne ² », rappellent ceux captés par le New-Yorkais Lionel Rogosin dans l’extraordinaire On the Bowery (1956).
À mi-chemin entre tradition et modernité, le documentaire de Fournier est à l’image de DesRochers et de la génération d'écrivain·e·s à laquelle il appartient. Prise entre une littérature du terroir et un désir d'américanité (dans le sens continental du terme), elle a vu son élan bloqué, selon le poète lui-même, par la crise de 1929. Cette génération sera, en outre, éclipsée par le génie et la fulgurance des poétesses et poètes qui émergeront au Québec durant la « révolution » dite tranquille. À nous, maintenant, de redécouvrir et de célébrer l’œuvre de ces femmes et de ces hommes presque absent·e·s de notre mémoire collective.
Jean-Philippe Desrochers
Critique
1. Garneau, Michel, Les chevaux approximatifs - Un hommage aux formes, Éditions de l’Hexagone, Montréal, 2010, p. 12
2. Godin, Gérald, « C’était pour vous », dans Ils ne demandaient qu’à brûler, Éditions de l’Hexagone, Montréal, 2001, p. 330

Du grand Alfred DesRochers (1901-1978), l’histoire retient surtout le premier vers du poème Liminaire d’À l’ombre de l’Orford : « Je suis un fils déchu de race surhumaine ». Pourtant, selon le poète et dramaturge Michel Garneau, DesRochers « a écrit parmi les plus beaux sonnets du vingtième siècle ¹ ». Après avoir consacré son premier court métrage documentaire au garde-pêche Télesphore Légaré en 1959, Claude Fournier brosse un portrait remarquable du poète et journaliste estrien à l’aube des années 1960, avec l’appui de Michel Brault à la caméra et de Gilles Groulx au montage.
Bien que classique dans sa forme – commentaire objectif d’une voix off neutre qui raconte la vie de DesRochers et récite des extraits de ses poèmes –, le documentaire met habilement en valeur la vivacité de la parole et de l’esprit du poète. Le film prend par ailleurs son souffle grâce aux images de Brault s’attardant à des scènes de rue du quotidien de l’époque, au travail manuel de divers ouvriers et à la réalité de modestes clients qui fréquentent les débits de boisson de la ville. Les visages à la fois durs, fragiles et inquiets de ces hommes, « habillés de vieux/les coudes râpés de tant de tables de taverne ² », rappellent ceux captés par le New-Yorkais Lionel Rogosin dans l’extraordinaire On the Bowery (1956).
À mi-chemin entre tradition et modernité, le documentaire de Fournier est à l’image de DesRochers et de la génération d'écrivain·e·s à laquelle il appartient. Prise entre une littérature du terroir et un désir d'américanité (dans le sens continental du terme), elle a vu son élan bloqué, selon le poète lui-même, par la crise de 1929. Cette génération sera, en outre, éclipsée par le génie et la fulgurance des poétesses et poètes qui émergeront au Québec durant la « révolution » dite tranquille. À nous, maintenant, de redécouvrir et de célébrer l’œuvre de ces femmes et de ces hommes presque absent·e·s de notre mémoire collective.
Jean-Philippe Desrochers
Critique
1. Garneau, Michel, Les chevaux approximatifs - Un hommage aux formes, Éditions de l’Hexagone, Montréal, 2010, p. 12
2. Godin, Gérald, « C’était pour vous », dans Ils ne demandaient qu’à brûler, Éditions de l’Hexagone, Montréal, 2001, p. 330
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