Ce film, conçu par Francesco Garutti et réalisé par Shahab Mihandoust, explore l’histoire de la conception d’un ensemble de viaducs, commandés dans les années 1920 et 1930 par Robert Moses. L’histoire suggère que ces ponts auraient été délibérément conçus pour empêcher le passage d’autobus de sorte que seules les voitures – et les personnes ayant les moyens de les posséder – puissent accéder aux espaces de loisir de Long Island. Le film aborde son sujet au moyen d’entrevues avec quatre spécialistes qui, dans les années 1980 et 1990, ont débattu des interprétations possibles du cas : Bernward Joerges, Bruno Latour, Langdon Winner et Steve Woolgar. Le film évoque plutôt qu’il n’explique; il entremêle le reportage et l’abstraction théorique, il combine le bruit assourdissant des voitures au chant des oiseaux autour des promenades de Long Island, aujourd’hui presque centenaires.
| Réalisateur | Shahab Mihandoust |
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Le film Misleading Innocence (Tracing What a Bridge Can Do), produit par le Centre Canadien d'Architecture en 2014, demeure, plus de dix ans plus tard, d’une actualité frappante. Ce documentaire repose sur une question centrale : les artefacts font-ils de la politique? Son essence réside dans les témoignages divergents qui s’y confrontent. Un politologue, un urbaniste, un sociologue des sciences, un philosophe et un anthropologue débattent de cette interrogation à partir d’un cas très précis : les plus de 200 ponts bas construits entre New York et Long Island par l’urbaniste Robert Moses dans les années 1920 et 1930.
Les points de vue s’entremêlent autour de cette question et du cas de figure. D’une part, certains affirment que ces infrastructures ont été intentionnellement conçues pour favoriser uniquement la circulation automobile, empêchant ainsi les autobus, et donc leurs passagers, d’accéder à Long Island. Une manière insidieuse de perpétuer les divisions de classe et de privilégier les populations ayant les moyens de posséder une voiture.
Inversement, d’autres contestent l’idée de lire un motif politique dans ces artefacts. Selon eux, attribuer une intention idéologique à un concept ou à un objet, en se fondant uniquement sur le produit final et ses répercussions, serait peu justifiable.
En s’appuyant sur ce cas particulier, le documentaire soulève des questionnements plus larges, toujours pertinents : peut-on prétendre à une objectivité totale dans le développement de l’environnement bâti? Celui-ci reflète-t-il nécessairement des idéologies politiques dominantes? Peut-on réellement maîtriser la totalité des significations, des usages et des conséquences qu’il engendrera?
Roxanne Labrèche P.
Commissaire indépendante et directrice artistique

Le film Misleading Innocence (Tracing What a Bridge Can Do), produit par le Centre Canadien d'Architecture en 2014, demeure, plus de dix ans plus tard, d’une actualité frappante. Ce documentaire repose sur une question centrale : les artefacts font-ils de la politique? Son essence réside dans les témoignages divergents qui s’y confrontent. Un politologue, un urbaniste, un sociologue des sciences, un philosophe et un anthropologue débattent de cette interrogation à partir d’un cas très précis : les plus de 200 ponts bas construits entre New York et Long Island par l’urbaniste Robert Moses dans les années 1920 et 1930.
Les points de vue s’entremêlent autour de cette question et du cas de figure. D’une part, certains affirment que ces infrastructures ont été intentionnellement conçues pour favoriser uniquement la circulation automobile, empêchant ainsi les autobus, et donc leurs passagers, d’accéder à Long Island. Une manière insidieuse de perpétuer les divisions de classe et de privilégier les populations ayant les moyens de posséder une voiture.
Inversement, d’autres contestent l’idée de lire un motif politique dans ces artefacts. Selon eux, attribuer une intention idéologique à un concept ou à un objet, en se fondant uniquement sur le produit final et ses répercussions, serait peu justifiable.
En s’appuyant sur ce cas particulier, le documentaire soulève des questionnements plus larges, toujours pertinents : peut-on prétendre à une objectivité totale dans le développement de l’environnement bâti? Celui-ci reflète-t-il nécessairement des idéologies politiques dominantes? Peut-on réellement maîtriser la totalité des significations, des usages et des conséquences qu’il engendrera?
Roxanne Labrèche P.
Commissaire indépendante et directrice artistique
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