L'Empire de la perfection


Image de couverture L'Empire de la perfection

Au début des années 1980, le joueur de tennis John McEnroe est copié dans toutes les écoles, étudié sous toutes les coutures, filmé sous tous les angles. À Roland Garros en 1984, il a tutoyé la perfection, et pourtant…


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Julien Faraut

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« Le cinéma ment, pas le sport. » Cette citation de Jean-Luc Godard qui ouvre le film de Julien Faraut pose d’emblée les prémisses de sa proposition novatrice : réfléchir sport et cinéma en parallèle. Et l’ingéniosité du dispositif saute aux yeux dès les premières minutes grâce à la figure du joueur de tennis devenu réalisateur pour la Fédération française de tennis, Gil de Kermadec, dont le parcours devient l’ancrage de la réflexion. L’essai filmique débute avec des scènes tirées de son film d’instruction du milieu des années 60 qui cherchait à décomposer la mécanique du mouvement sportif dans une optique pédagogique. Or, de Kermadec se bute aux limites de cette approche scientiste, cette dernière ne parvenant pas à cerner le génie des grands joueurs.

Vingt ans plus tard, après avoir longuement braqué sa caméra sur un des génies les plus singuliers du court, l’Américain John McEnroe, de Kermadec signe un nouveau film en contraste total avec ses premières expériences filmiques. Un autre trente ans plus tard, Julien Faraut replonge dans les rushes du tournage pour tenter de cerner le phénomène McEnroe, et le résultat est époustouflant.

Le film mobilise le langage cinématographique pour plonger dans la complexité des intangibles sportifs. Toute la richesse du style McEnroe, qui devient un personnage cinématographique qui crève l’écran, ressort grâce à une véritable réflexion sur l’image, conçue dans son antagonisme avec les captations télévisuelles habituelles des matchs, amplifiée par un brillant traitement musical. Ainsi filmés, les éléments explicatifs de la victoire gagnent une profondeur insoupçonnée. 

Convoquant au passage les écrits sur le tennis du critique de cinéma Serge Daney, lui aussi fasciné par McEnroe, le tandem de Kermadec/Faraut réussit un tour de force qui explore de multiples dimensions du génie; le rapport au temps, au rythme, aux émotions, au public, au plaisir, à l’injustice, à la filiation familiale, qui font de McEnroe bien plus qu’un talentueux athlète caractériel. La sublime mise en récit de la finale du tournoi de 1984 l’opposant à son grand rival tchécoslovaque Ivan Lendl touche à la quintessence du drame sportif. La tentative de réduire cette charge dramatique en une série de mouvements mécaniques n'apparaît ultimement que plus risible. C’est à un parcours de la biomécanique du corps à l’art du sport que vous convie ce film extraordinaire!

 

Mathieu Boivin-Chouinard
Historien du sport et enseignant


  • Français

    Français

    1h35

    Langue : Français
  • Année 2018
  • Pays France
  • Durée 95
  • Producteur UFO Production
  • Langue Français
  • Résumé court Une étourdissante plongée dans les gestes du gaucher le plus rageur de l’histoire du tennis : John McEnroe.
  • Ordre 1
  • TLF_Applismb 1
  • Date édito 2026-07-17

« Le cinéma ment, pas le sport. » Cette citation de Jean-Luc Godard qui ouvre le film de Julien Faraut pose d’emblée les prémisses de sa proposition novatrice : réfléchir sport et cinéma en parallèle. Et l’ingéniosité du dispositif saute aux yeux dès les premières minutes grâce à la figure du joueur de tennis devenu réalisateur pour la Fédération française de tennis, Gil de Kermadec, dont le parcours devient l’ancrage de la réflexion. L’essai filmique débute avec des scènes tirées de son film d’instruction du milieu des années 60 qui cherchait à décomposer la mécanique du mouvement sportif dans une optique pédagogique. Or, de Kermadec se bute aux limites de cette approche scientiste, cette dernière ne parvenant pas à cerner le génie des grands joueurs.

Vingt ans plus tard, après avoir longuement braqué sa caméra sur un des génies les plus singuliers du court, l’Américain John McEnroe, de Kermadec signe un nouveau film en contraste total avec ses premières expériences filmiques. Un autre trente ans plus tard, Julien Faraut replonge dans les rushes du tournage pour tenter de cerner le phénomène McEnroe, et le résultat est époustouflant.

Le film mobilise le langage cinématographique pour plonger dans la complexité des intangibles sportifs. Toute la richesse du style McEnroe, qui devient un personnage cinématographique qui crève l’écran, ressort grâce à une véritable réflexion sur l’image, conçue dans son antagonisme avec les captations télévisuelles habituelles des matchs, amplifiée par un brillant traitement musical. Ainsi filmés, les éléments explicatifs de la victoire gagnent une profondeur insoupçonnée. 

Convoquant au passage les écrits sur le tennis du critique de cinéma Serge Daney, lui aussi fasciné par McEnroe, le tandem de Kermadec/Faraut réussit un tour de force qui explore de multiples dimensions du génie; le rapport au temps, au rythme, aux émotions, au public, au plaisir, à l’injustice, à la filiation familiale, qui font de McEnroe bien plus qu’un talentueux athlète caractériel. La sublime mise en récit de la finale du tournoi de 1984 l’opposant à son grand rival tchécoslovaque Ivan Lendl touche à la quintessence du drame sportif. La tentative de réduire cette charge dramatique en une série de mouvements mécaniques n'apparaît ultimement que plus risible. C’est à un parcours de la biomécanique du corps à l’art du sport que vous convie ce film extraordinaire!

 

Mathieu Boivin-Chouinard
Historien du sport et enseignant


  • Français

    Français


    Durée : 1h35
    Langue : Français
    1h35
  • Année 2018
  • Pays France
  • Durée 95
  • Producteur UFO Production
  • Langue Français
  • Résumé court Une étourdissante plongée dans les gestes du gaucher le plus rageur de l’histoire du tennis : John McEnroe.
  • Ordre 1
  • TLF_Applismb 1
  • Date édito 2026-07-17

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