Le portrait d'athlètes canadien·ne·s inscrit·e·s aux Jeux olympiques d'été de 1964 à Tokyo, qui consacrent chaque minute de loisir à l'entraînement en piscine.
| Réalisateur | Gilles Carle |
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Gilles Carle pose un regard singulier sur les entraînements et compétitions de jeunes nageur·euse·s montréalais·e·s tentant de se qualifier pour les Jeux olympiques de Tokyo de 1964. À une époque où la guerre froide amenait à redéfinir le rôle de l’athlète dans son écosystème géopolitique, l’État devenait un laboratoire visant à produire des champions susceptibles de prouver la supériorité de son modèle socio-économique. Ces commandes de l’ONF pour documenter les pratiques sportives contribuent à définir la spécificité de l’approche canadienne, constituant un bel exemple de diplomatie publique.
En filmant de près les infrastructures intérieures et extérieures de Montréal et Vancouver et les appareillages développés de l’époque (qui nous apparaissent aujourd’hui archaïques!), montres, horloges et loupes, Carle dévoile une mise en scène de la conception scientiste du sport. Il y fait contraster avec humour des moments de plaisir des jeunes nageur·euse·s, ces « Jane et Tarzan » athlétiques, rythmant ces scènes de musique jazz et les truffant d’allusions à la culture populaire. La prétendue scienticité est donc déclassée au profit de la joie des corps qui s’entraînent et d’une jeunesse bien décidée à prendre sa place… autant au niveau national qu'à l’international.
Accéder rétrospectivement à ce regard est particulièrement intéressant face à l’évolution de l’olympisme. On assiste aux prouesses athlétiques d’un jeune Richard « Dick » Pound, qui deviendra l’un des administrateurs sportifs les plus influents du sport, notamment comme vice-président du Comité international olympique et comme président de l'Agence mondiale antidopage. Pound est un des nombreux exemples de l’inscription du Canada dans les hautes sphères du sport international. D’autre part, le recours à une double narration masculine et féminine et le souci de filmer les athlètes dans la mixité offrent des outils de contestation de la primauté masculine olympique, laissant entrevoir le potentiel progressiste du cinéma sportif. Quand on sait que les Jeux olympiques de Paris de 2024 ont été les premiers à afficher la parité, on se dit que le chemin aura été bien long!
Mathieu Boivin-Chouinard
Historien du sport et enseignant

Gilles Carle pose un regard singulier sur les entraînements et compétitions de jeunes nageur·euse·s montréalais·e·s tentant de se qualifier pour les Jeux olympiques de Tokyo de 1964. À une époque où la guerre froide amenait à redéfinir le rôle de l’athlète dans son écosystème géopolitique, l’État devenait un laboratoire visant à produire des champions susceptibles de prouver la supériorité de son modèle socio-économique. Ces commandes de l’ONF pour documenter les pratiques sportives contribuent à définir la spécificité de l’approche canadienne, constituant un bel exemple de diplomatie publique.
En filmant de près les infrastructures intérieures et extérieures de Montréal et Vancouver et les appareillages développés de l’époque (qui nous apparaissent aujourd’hui archaïques!), montres, horloges et loupes, Carle dévoile une mise en scène de la conception scientiste du sport. Il y fait contraster avec humour des moments de plaisir des jeunes nageur·euse·s, ces « Jane et Tarzan » athlétiques, rythmant ces scènes de musique jazz et les truffant d’allusions à la culture populaire. La prétendue scienticité est donc déclassée au profit de la joie des corps qui s’entraînent et d’une jeunesse bien décidée à prendre sa place… autant au niveau national qu'à l’international.
Accéder rétrospectivement à ce regard est particulièrement intéressant face à l’évolution de l’olympisme. On assiste aux prouesses athlétiques d’un jeune Richard « Dick » Pound, qui deviendra l’un des administrateurs sportifs les plus influents du sport, notamment comme vice-président du Comité international olympique et comme président de l'Agence mondiale antidopage. Pound est un des nombreux exemples de l’inscription du Canada dans les hautes sphères du sport international. D’autre part, le recours à une double narration masculine et féminine et le souci de filmer les athlètes dans la mixité offrent des outils de contestation de la primauté masculine olympique, laissant entrevoir le potentiel progressiste du cinéma sportif. Quand on sait que les Jeux olympiques de Paris de 2024 ont été les premiers à afficher la parité, on se dit que le chemin aura été bien long!
Mathieu Boivin-Chouinard
Historien du sport et enseignant
Français